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Parce qu’il n’y a pas que les crèmes et la pitance dans la vie, j’inaugure aujourd’hui une toute nouvelle rubrique sur le blog : mes lectures. Enfin !

Car oui, ce blog était supposé être en partie dédié à cela dès le départ. Seulement je me suis d’abord dit : « je ne partagerai que mes coups de coeur en matière de livres ». Mais comment vous dire… Les coups de coeur ça reste exceptionnel ! Et dernièrement je n’en ai pas eu. Donc je change de politique : je partagerai la plupart de mes lectures, que je les aie appréciées, un peu, beaucoup, ou pas du tout. Et je me donnerai le droit de ne pas partager celles qui ne m’inspirent absolument rien. Voila !

En matière de lectures, je passe par des périodes plus ou moins actives. Pendant les périodes « plus », qui s’apparentent parfois à de la boulimie littéraire, je lis deux livres par semaine en moyenne, parfois plus. Le plus souvent des romans, parfois des bandes dessinées ou des comics. Pendant les périodes « moins », et bien je ne lis pas du tout. À la place, je mange des glaces.

Entre deux glaces donc, j’ai lu Daddy Love, de l’Américaine Joyce Carol Oates, roman paru en France tout d’abord aux éditions Philippe Rey en avril 2016, puis en format poche en avril dernier chez Points.

 

Daddy Love, c’est le nom par lequel Chet Cash, autrefois Chester Czechi, se fait appeler par les petits garçons qu’il enlève et séquestre pendant plusieurs années, puis dont il fini par se débarrasser lorsqu’ils atteignent la puberté. Daddy Love se fait également appeler le Prédicateur, lorsqu’il prêche au sein de l’Église de l’Espoir éternel et qu’il parcourt le pays au volant de son monospace, à la recherche de celui qui sera son prochain « fils ». C’est que Daddy Love se considère comme le père de ses victimes, un parent unique qui vient se substituer aux « salopes » de « bonnes femmes » qui les ont mis au monde et qu’il considère indignes d’élever un enfant.

Aussi, lorsqu’il enlève le petit Robbie, alors âgé de 5 ans, en avril 2006, Chet Cash, n’en est pas à son coup d’essai. Mais Robbie, qui sera rebaptisé Gideon par Daddy Love, est un enfant particulièrement éveillé et intelligent. Un enfant qui, à l’image de son ravisseur, construira son identité autour de plusieurs personnalités : le « fils » soumis, effrayé, qui obéi à son Daddy, et Gideon, le garçon rebelle et lucide, qui n’a peur de rien. Gideon qui finira par s’enfuir, et par retrouver sa famille d’origine : une famille dont il avait pratiquement oublié l’existence. Une famille que Daddy Love lui avait décrite comme étant dangereuse, mal aimante. Une famille blessée, meurtrie, qui, privée de son petit garçon, de désagrège. Et qui tentera de se reconstruire après son retour.

Chez Oates, le pathos se fait sans sentimentalisme. Froidement, d’une écriture sans fioritures, elle décrit l’horreur. L’horreur des faits : Daddy Love, par exemple, prend toujours soin d’essuyer le sang sur l’arrière-train de Gideon après l’heure des câlins. Puis l’horreur des pensées : Comment ma femme a-t-elle pu lâcher la main de notre enfant?

Le lecteur traverse le récit à travers le point de vue des personnages. Et ce procédé fait mouche. On sait tout, ou presque, de leur état d’esprit : On sait tout de Daddy Love et de la manière dont il s’y prend choisir ses garçons, les capturer, et les dresser. Tout de la terreur que ressent sa dernière victime. De ses sentiments mêlés, allant du désir de fuir à la peur de l’abandon. Dans ce roman, tout est sombre, cruel, douloureux. De l’introduction au dénouement, peu de place pour l’espoir. Difficile en effet pour le lecteur de s’imaginer que ce garçon réussira un jour à s’en sortir, qu’il retrouve ou non sa famille.

 

J’ai plutôt apprécié Daddy Love, une fois passés les quatre premiers chapitres, qui tous décrivent l’enlèvement du petit garçon. Je ne suis en effet pas très friande des GROS effets de style. Par gros, j’entends lourds. À mon sens, évidemment ! Oates s’est en effet prêtée ici à un exercice de style un peu particulier, à savoir répéter la même séquence, en prenant soin à chaque fois d’en modifier quelques détails. Lourd donc, mais pas assez pour me décourager. Il faut dire que le sujet m’intéresse particulièrement.

J’ai beaucoup aimé la manière dont est décrite la psychologie du ravisseur/violeur, justement parce qu’il ne s’agit pas d’une simple description mais d’une retranscription de ses pensées. Des pensées et un état d’esprit qui paraissent tout-à-fait crédibles. C’est d’ailleurs ce qui rend ce roman percutant.

J’ai été touchée par Daddy Love, pas profondément bouleversée, mais piquée, interpellée. Et j’en recommande la lecture, notamment à ceux et celles qui, comme moi, apprécient les récits dérangeants, sombres. Glauques, me direz-vous? Vous n’auriez pas tout-à-fait tort. En revanche, si vous cherchez une lecture légère pour vous accompagner à la plage, évitez à tout prix ce roman, et tout JCO, d’ailleurs!

 

Vous pouvez vous procurer Daddy Love au format poche chez votre libraire au prix de 7,50 euros.

Et en faisant un petit tour sur ce site, vous aurez la possibilité de savoir quelles sont les librairies dans lesquelles Daddy Love est disponible près de chez vous.

Pour rappel : le prix des livres est fixe, aussi, un livre neuf n’est pas moins cher sur Amazore qu’en librairie. Et quand bien même, qui mieux que votre libraire ne saurait vous vendre un livre?

Et puis, qui vous sourit en vous tenant votre bouquin sur Amazore? C’est ça, personne…

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